Un peu d'histoire: L'ARL 44

Char lourd de l'après-guerre en France.

ARL 44 : Un engin de transition raté... Un peu d'histoire: L'ARL 44






Un peu d'histoire: L'ARL 44







Un peu d'histoire: L'ARL 44





Après l'armistice de juin 1940 il n'est plus possible pour les Français, du fait des clauses restrictives de cette dernière, de concevoir et produire des engins blindés...

Pourtant beaucoup de militaires et d'ingénieurs n'acceptent pas cette situation, pensant que le conflit pourrait bien jouer en défaveur de l'Allemagne Nazie sur la durée.

C'est pourquoi est créée l'organisation clandestine du CDM (camouflage du matériel) dont le but avoué est, en plus de "planquer" ce qui fut récupéré durant la débâcle de mai/juin 40, de forger dans la clandestinité les "armes de la revanche".

De nombreux ingénieurs, dont le plus célèbre est Maurice Lavirotte, vont disséminer le fruit de leurs travaux dans de nombreuses entreprises (Laffly en particulier) en prétextant des études sur de nouveaux autobus/trolleybus, des chasse-neige, du matériel ferroviaire ou des tracteurs chenillés à vocation trans-saharienne ! 

Lorsqu'en 1944 la libération arrive enfin ordre est donné par le GPRF (Gouvernement Provisoire de la République Française) de mettre au plus vite au point un char national de façon à redonner à la France sa place de grande nation belligérante durant ce conflit.

Il est convenu de faire un char lourd, les alliés anglo-américains en étant restés aux chars de moyen tonnage on pense alors qu'il s'agirait d'une bonne idée qui permettrait de mettre les unités et le matériel Français en valeur durant l'invasion imminente de l'Allemagne en réduisant au silence les fortins de la ligne Siegfried par exemple.

On centralise donc toutes les bonnes volontés et on décide de fabriquer 600 chars dans les Ateliers de Construction de Rueil (ce qui donne en abrégé ARL, 44 étant la date du projet !    )

Pourtant il y a un problème : Nos ingénieurs, malgré leurs efforts, en sont restés "aux chars de l'an 1940" faute d'avoir pu assister aux progrès techniques des autres belligérants et ne proposent qu'un char de 30 tonnes blindé à 60mm et disposant encore de son antique système de suspensions verticales à ressorts hélicoïdaux sur chenilles prenantes à godets, un concept hérité du char B1Bis qui n'avait plus cours du tout à cette époque !




Le système de roulement des chenilles : Archi-dépassé déjà en 1945 !
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Pour le canon rien de bien nouveau non plus avec un 75mm guère plus puissant que celui équipant les milliers de M4 Sherman US...

On passera vite sur la mécanique, avec un moteur Panhard développant à peine 400cv... [smileyperso



Une maquette en bois à l'échelle 1 du projet.
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Une réunion inter-service début 1945 rendra la conclusion que l'ARL44 ne sera pas plus performant que les engins alliés alors disponibles à des milliers d'exemplaires face à une Allemagne dont la chute n'était plus qu'une question de semaines, au pire de mois. 
On en est là le 8 mai 1945...

La France n'annule pourtant pas son programme, mais décide plutôt de l'orienter vers un char encore plus gros.

Durant l'été 1945 on envoie le Général Molinié "faire son marché" sur les anciens champs de bataille Français et Allemands à la recherche de moteurs puissants que la France est alors incapable de concevoir dans des délais réalistes.


Il revient avec un stock conséquent de Maybach HL230 de 600cv (ceux qui équipaient tous les chars lourds Allemands), beaucoup étant "neufs en caisse" !


La France communiquera peu sur les origines du moteur de l'ARL44... [smileyperso
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Le soucis de la mécanique réglé on lance la production de 60 chassis et on demande à Schneider de concevoir une nouvelle tourelle apte à recevoir un canon de 90mm dont l'origine est à trouver du côté de la Marine Nationale en tant que pièce de DCA.

La mise au point de cette dernière prendra beaucoup de temps, l'aciériste n'est pas en mesure de réaliser une tourelle en acier coulé d'une seule pièce, il y parviendra en réalisant une partie frontale moulée et des parties latérales et arrières soudées.

Ce n'est d'ailleurs qu'en... 1949 que ces dernières sortiront d'usine, alors que les chassis fabriqués par Renault (20 exemplaires) et les Forges et Aciéries de la Marine et d'Homécourt (FAMH, 40 exemplaires) attendaient au stockage depuis 3 ans et que les premiers essais avec ce canon remontaient à juin 1947...

Approchons nous un peu de la bête...

Nous avons affaire à un char lourd de 50 tonnes et 5 membres d'équipage.

Il mesure 10,52m de long, 3,40m de large et 3,20m de haut.


De nos jours à Mourmelon.
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Il est propulsé comme déjà dit par un V12 essence Maybach HL230 de 23,5 litres développant 600cv à 2500Trs (certaines sources parlent de 575cv).
Sa transmission est pétroléo-électrique (le moteur fait fonction de génératrice pour des moteurs électriques entraînant les chenilles).

Il roule à 37km/h sur route, franchit des côtes de 60%, une tranchée de 2,50m et un obstacle vertical d'un mètre.


On voit bien sur ce cliché les 2 ventilateurs du V12 Maybach, déjà présents sur les chars allemands.
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L'ARL44 n'a strictement aucune capacité amphibie (il peut franchir des coupures humides jusqu'à 1,30m de profondeur par contre)

L'arc avant est en blindage incliné de 120mm.


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Son armement est composé d'un canon SA45 de 90mm avec frein de bouche tirant des obus à la vitesse de 1000m/s et approvisionné à 50 coups.

On trouve aussi 2 mitrailleuses MAC modèle 1931 de 7,5mm : Une dans le glacis avant et l'autre en antiaérienne sur la tourelle.
Ces armes sont approvisionnées à 5000 coups.

Dès leur mise en service début 1950 au 503ème RCC en remplacement des Panther de prise dont l'approvisionnement en pièces détachées devenait problématique on ne tarde pas à s'apercevoir que l'ARL44 n'est absolument pas au point !


Une colonne du 503ème RCC après-guerre, composée de Half-Track M3 US et de Panther ex-Wehrmacht !
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-Il chauffe, en particulier au niveau de ses organes de transmission.
-Le moteur manque cruellement de puissance.
-Les performances sont pour le moins modestes...
-Le char est trop compliqué (il y avait un moteur auxiliaire Simca pour assurer la rotation de la tourelle...)

Il est clair que ce char est une usine à gaz mal ficelée, conçu à l'arrache et pas plus performant (voire beaucoup moins...) que ce que proposent les USA dans leurs arsenaux au même moment.

On présente l'ARL44 au grand public sur les Champs-Elysées pour le défilé du 14 juillet 1951, ce sera la seule fois où l'on verra rouler cet engin ailleurs que sur un champ de manoeuvres.


Seule trace "officielle" de l'ARL44 : le défilé du 14 juillet 1951.
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Une photo bien plus moderne qu'elle n'y parait au premier abord...
Il semble qu'elle fut prise lors de la mise en place du "pot de fleur" de Mourmelon, la Peugeot P4 à droite en est la preuve !
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Passé cette date ils resteront cantonnés au camp de Mourmelon jusqu'à leur réforme qui interviendra 2 ans plus tard, les Etats-Unis nous ayant livrés plusieurs centaines de M46 Patton, peut-être pas extraordinaires (loin de là !  ) mais au moins fiables et infiniment plus simples à entretenir !

Les ARL44 finiront comme cibles sur champ de tir très rapidement et de nos jours seuls 3 engins ont survécus :

- Au Musée des blindés de Saumur (restauré)
- En "pot de fleur" au quartier Delestraint de Mourmelon (retapé...)
- A l'état d'épave dans un parc à ferraille de Fontevraud-L'Abbaye.


Saumur.
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Totalement oublié de tous durant des décennies, il faudra le jeu vidéo "World of Tanks" pour le remettre sur le devant de la scène !



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 Merci a Jensen.

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