Tout feu tout flamme

Découvrez l'histoire des chars lance-flammes de la Seconde Guerre mondiale, de leur conception et du terrible Crocodile.

L'armée de Grande-Bretagne et du Commonwealth fut la plus grande utilisatrice de lance-flammes (LF) pendant la Seconde Guerre mondiale et ne manqua pas d'idées en la matière. Symbole de cette inclination, le Churchill Crocodile est demeuré l'un des chars LF les mieux faits et les plus emblématiques du conflit. Les Marines américains suivaient les Anglais au classement, mais leur contingent d'hommes étaient sans commune mesure avec celui du roi George et de ses colonies. Voici donc l'histoire des chars lance-flammes de 1939-1945, de leur conception et du terrible « reptile d'acier ».

La première étincelle

Pendant l'entre-deux-guerres et dans la première année de la Seconde Guerre mondiale, l'armée britannique ne s'intéresse guère au lance-flammes, qu'une faible portée et les problèmes posés par le transport du combustible rendent impopulaire. Tout bascule en 1940 après Dunkerque. La menace d'une invasion se précise et les Anglais entendent y résister avec tous les moyens dont ils disposent. En dépit du caractère très improbable d'une incursion allemande, le risque est pris au sérieux et l'on se demande même que faire des réserves de carburant du pays.

En 1939, celles-ci s'élèvent à 7 millions de tonnes. Pour replacer le tout dans le contexte, on notera qu'il en reste 4,5 millions de tonnes en 1941, après deux ans de combats, raison pour laquelle il n'est jamais fait mention d'une éventuelle pénurie de pétrole des Anglais pendant la bataille de l'Atlantique. Quant à savoir quoi faire de ces stocks s'ils devaient tomber aux mains des Nazis, la question ne se pose pas : il faudrait les détruire. L'idée qui fait son chemin est donc de s'en servir au lieu de s'en débarrasser, et de s'en servir contre les Allemands eux-mêmes.

L'or noir déferle alors sur le sud de l'Angleterre où un large éventail de pièges, fougasses et dispositifs incendiaires en tous genres est installé. Pour vous donner une idée de l'échelle de ces préparatifs, quelque 50 000 exemplaires de chacune de ces chausse-trappes sont mis en place. Il y en a tellement que les équipes de réfection des routes du Kent tombent aujourd'hui encore, de temps à autre, sur un baril rouillé auquel sont fixés des explosifs. Point d'orgue de cette veillée d'armes : les impressionnants barrages inflammables qui se dressent le long de certains secteurs de la côte et dont le jet peut tendre un rideau de feu devant la grève.

Tout feu tout flamme

Ces barrages annoncent déjà le lance-flammes. Les deux premiers véhicules à en être pourvus sont des camions avec blindage et réservoirs de combustible montés sur la caisse. Lors d'une démonstration, l'un d'eux met le feu accidentellement aux jardins du château de Leeds. Premier modèle produit, le Cockatrice est un camion Bedford ou AEC 6 x 6 blindé avec lance-flammes logé dans une petite tourelle. Soixante unités sont commandées pour la défense des terrains d'aviation du Royal Naval Air Service et six pour la RAF.

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Deuxième du genre, le Basilisk est une voiture blindée AEC MKI dotée d'une minuscule tourelle avec mitrailleuse et LF, mais elle ne dépassera pas le stade du prototype.

À la même époque, un officier de l'armée de terre et un civil inventent un appareil que l'on fixe à l'Universal Carrier et qui permet de projeter des flammes à courte distance sous forme de barrière temporaire. Il s'agit du tuyau d'Adey-Martin. L'un des géniteurs des premiers camions lance-flammes travaille sur le concept, qui aboutit au Ronson Carrier.

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Ce dernier donne naissance au lance-flammes Hornet peu de temps après, mais ce modèle part en fumée dès l'un de ses premiers essais, en 1942. À nouveau revue et corrigée, l'idée débouche sur le WASP Universal Carrier. Le matériel nécessaire à la fabrication du WASP, réalisable sur le terrain, est fourni aux unités d'infanterie. Il en ressort des reconversions intéressantes, tels que des kits montés sur Jeep et M29 Weasel. Vers la fin de la guerre, deux ensembles WASP sont officiellement installés sur le LVT-4 : c'est le Sea Serpent, auquel on attribue ensuite le matricule FV502. Des versions « lance-flammes » des chars Centurion et A45/FV200 sont mises à l'étude, mais elles n'aboutissent pas et l'intérêt porté au LF finit par se consumer de lui-même.

Une question brûlante

Quid des chars lance-flammes ? En 1938, le ministère de la Guerre les réclame. L'idée de départ est d'armer un A12 Matilda Senior d'un LF et d'y atteler une remorque à deux roues, mais elle fait chou blanc.

En 1942, le gouvernement britannique se penche à nouveau sur la question et lance des travaux dont le Churchill Crocodileest le résultat. Le premier char lance-flammes est un Churchill MKII équipé de deux systèmes Ronson à l'avant de la caisse, mais il n'est pas pratique et le nombre de LF est ramené à un. Cette forme finale est baptisée Churchill Oke. Le débarquement de Dieppe, où un seul groupe de ces chars est mobilisé, sera la seule occasion de les voir à l'œuvre. C'est la première fois que des blindés lance-flammes du Commonwealth partent au combat, mais impossible de cracher le feu : l'un d'eux perd une chenille, un autre prend l'eau sur la plage et le dernier casse son instrument en touchant terre.

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Les études se poursuivent cependant en Angleterre tout au long de l'année 1942. On construit plusieurs véhicules tests, presque tous sur la base de chars Valentine à remorque. Le 23 juin, le gouvernement décrète qu'à l'avenir, les travaux relatifs aux chars lance-flammes se feront sur le châssis du Churchill.

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En décembre de la même année, le prototype du Churchill Crocodile voit le jour. C'est un MKII Churchill à canon de deux livres qui tracte une remorque de 6,5 tonnes emportant 1 800 litres de combustible. Sur la caisse de ce prototype, lance-flammes et mitrailleuse partagent le même affût. On prévoit d'abord de transformer les MKIV Churchill en Crocodile, mais le projet s'affine et c'est le MKVII qui est finalement choisi. Parallèlement à cela, on change de lance-flammes pour reprendre le même modèle que sur le WASP Carrier et la mitrailleuse de caisse est retirée.

La rareté des caisses de MKVII impose une production limitée. Le premier régiment de Crocodile est constitué tout juste dix semaines avant le jour J, qui sera le baptême du feu de notre « reptile ». Le 6 juin 1944, trois Crocodile sont débarqués à Gold Beach, mais le hasard veut que l'un d'eux casse sa chenille, un autre se noie et un dernier s'embourbe dans un cratère. Malgré ces débuts difficiles, le blindé lance-flammes ne tarde pas à se montrer efficace.

Le prédateur par excellence

Le 13 juin, la Panzer Lehr, division d'élite de chars allemands, est retranchée entre Tilly-sur-Seulles et La Senaudière. Les combats font rage le long de cette ligne, et notamment à Lingèvres. À La Senaudière, un bataillon du régiment Hampshire doit attaquer le village avec un groupe de Crocodile en soutien, en l'occurrence le 15e peloton du 141e Royal Armoured Corps. Il faut dire que les 15e et 16e pelotons sont mis à rude épreuve en Normandie. Le jour J, un opérateur radio du 15e a été projeté par-dessus bord et repêché miraculeusement par la Royal Navy. Quand au 16e, c'est l'unité qui a eu le malheur de s'enliser à Gold Beach. Depuis, les deux unités se partagent les Crocodile.

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Pour une raison inconnue, les Crocodile ne se retrouvent pas à l'endroit convenu. Sous l'œil des hommes du Hampshire, les trois blindés foncent sur la bourgade en laissant un écran de fumée derrière eux. Notre trio passe devant une maison, mais à deux pas de là les attend un Panzer III. Le char allemand et deux des « Croco » tirent en même temps. Le Panzer III rate sa cible, tandis que les obus des deux blindés alliés rebondissent sur son blindage à cause de la vitesse des chars et de leur proximité qui n'a pas permis de soigner la visée. Ébranlé par les impacts, le Panzer bat toutefois en retraite.

Adversaire autrement plus inquiétant, un Panther est tapi derrière une autre maison, mais les trois Crocodile parviennent à atteindre le village. Le Panther, qui a repéré les traces laissées par l'un d'eux, lui expédie deux obus à bout portant. Contrairement à la légende et à ce que pourrait laisser croire les films américains, les réservoirs de combustible des lance-flammes ne brûlent pas et n'explosent pas lorsqu'ils sont touchés.

Le Panther aperçoit soudain les deux autres chars anglais jaillir hors de la fumée qui les cachait. L'un deux tire son projectile de 75 mm à bout portant, mais il ricoche sur le solide glacis allemand. L'autre est plus en réussite : il se sert de son lance-flammes. Les 18 litres de carburant qu'il crache à la seconde prennent, pour ainsi dire, le Panther à la gorge et l'immobilisent instantanément.

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Tout à coup, un projectile vient briser l'une des chenilles d'un Crocodile. Simple baroud d'honneur du Panzer III qui, rapidement détruit, n'aura pas d'autre occasion de faire feu. En poursuivant leur chemin dans le village, nos blindés croisent un autre Panther qui réduit l'un d'eux au silence. La petite localité n'est pratiquement plus qu'un amas de ruines et, avec un seul Crocodile encore en état de marche, l'unité décide de se replier. Quelques heures plus tard, les Hampshire s'emparent de ce qui reste de La Senaudière.

Le feu sacré

Le Crocodile sera utilisé aux quatre coins de l'Europe, y compris par l'armée américaine. Son emploi le plus étonnant sera sans doute celui du Senio, une rivière d'Italie où 28 exemplaires de ce blindé et 127 WASP seront rassemblés et alignés à 60 mètres environ les uns des autres. Lorsque le débarquement commence, tous font feu en même temps. Le résultat est spectaculaire : sur un front de 7 à 8 km, la division néo-zélandaise qui lance l'assaut n'aura pas à déplorer le moindre mort.

Alors que la guerre touche à sa fin, le Crocodile se voit confier une mission qui sera peut-être la plus marquante de toutes : réduire en cendres le camp de concentration de Bergen-Belsen.

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Le Churchill Crocodile livre un dernier combat en Corée, où un escadron est envoyé pendant le conflit. L'occasion d'utiliser leur lance-flammes ne se présente pas, si bien que l'équipement du blindé est retiré et le canon de caisse remplacé par une mitrailleuse. L'escadron C du 7e RTR croise le fer une année durant sans pièces détachées pour ses « Croco » alors qu'ils évoluent sur un terrain très difficile. Après la bataille de la rivière Imjin, le char est retiré du service.

Nous conclurons cette histoire du Crocodile sur une anecdote en provenance d'Australie. En 1944 et jusqu'à la fin de la guerre, l'armée australienne reçoit 51 Churchill - des MKVII et des MKVIII - afin de faire des essais, ainsi que de nombreux équipements de Crocodile. L'un de ces kits sera installé sur un Churchill MKVIII que l'on peut voir aujourd'hui au musée RAAC de Puckapunyal.

The_Challenger s'est penché sur les différents visages du Churchill il y a quelque temps, dont le Crocodile :

 

Source : http://worldoftanks.eu/fr/news/85/Burning-Down-the-House/

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