Un peu d'histoire: L'offensive de Berry au Bac

Parce que les chars ce ne sont pas que des véhicules, c'est aussi des opérations dédiées.

16 avril 1917 : L'offensive de Berry au Bac.












Char Français Schneider CA1
Un peu d'histoire: L'offensive de Berry au Bac



Fin 1916, les stratèges des armées alliées sont persuadés que la fin de la guerre arrivera en 1917.


C'est pourquoi une grande "offensive décisive" (une de plus me direz-vous...  ) aura lieue au printemps. 


Il est prévu d'agir sur 2 fronts :


-Entre Arras et l'Oise
-Entre le canal de l'Oise et Reims


L'Etat-major Français du général Nivelle (dont les annonces pour le moins "appuyées" sur cette offensive du printemps 1917 ont finies par mettre la puce à l'oreille aux Allemands qui choisissent de renforcer discrètement leur dispositif d'artillerie sur tout le front de l'ouest...  ) décide de mettre en place une attaque combinée entre l'infanterie et les chars d'assauts sur un couloir de 8km de large entre Laffaux et Reims, à proximité de la petite localité de Berry au Bac, dans le département de l'Aisne.


Le terrain est peu accidenté et se trouve être en légère montée.


Le but de l'assaut est de lancer les chars (tous des Schneider CA1 ) devant les fantassins vers le dispositif Allemand composé de 3 lignes défensives s'étalant sur 7km, ces dernières étant copieusement "assommées" par plusieurs jours d'intenses préparatifs d'artillerie.


Malheureusement plusieurs soucis vont se faire jour :

-Le renforcement du dispositif ennemi comme déjà dit
-La capture le 4 avril d'un sous-officier français ayant sur lui le plan de l'offensive (et personne ne s'en inquiétera vraiment du côté de notre Etat-Major !)
-Les cratères laissés par l'explosion de plusieurs dizaines de milliers d'obus qui retournent le terrain 24 heures sur 24 et ce durant 14 jours...


Discrètement, les allemands ramènent sur cette ligne environ 400 pièces d'artillerie : Des canons de 77mm mais aussi des obusiers lourds.


Dans les tranchées, prenant leur mal en patience, des fantassins des 9ème et 10ème Divisions d'Infanterie Bavaroise.


128 chars français prennent position à l'arrière le 13 avril.




En direction du front.
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Ils sont scindés en plusieurs groupes, nommés AS (pour Artillerie Spéciale, aussi appelée Artillerie d'Assaut, le nom des groupes de chars à cette époque).


Le groupement du Commandant Bossut comprend les AS 2, 4, 5, 6 et 9.
En théorie chacune se compose d'une quinzaine de chars, mais beaucoup sont en panne.


Le groupement du Commandant Chaudès comprend les AS 3, 7 et 8.


Le but de l'attaque est le suivant :

Les chars se lancent en avant à 8km/h et prennent à partie les "survivants" allemands avec leurs armes de bord.
L'infanterie qui suit immédiatement derrière à pour but d'occuper le terrain ainsi dégagé mais aussi de prêter main-forte aux équipages de chars si ces derniers se trouvent devant des obstacles difficiles à franchir.

Des groupes de combat avaient été spécialement formés pour accomplir cette tâche, mais entre la théorie et la pratique... 

Dans le cas où l'infanterie se retrouverait devant les chars (ces derniers partant en plusieurs vagues c'était tout à fait possible et d'ailleurs des groupes d'assaut spécialisés avaient pour mission d'atteindre la première ligne allemande et de s'en emparer pour faciliter le passage des Schneider), les hommes ont pour consigne de laisser alors passer les engins et de s'engager ensuite.

Le 16 avril à 6h00 les chars sont en attente, l'AS 8 déplore déjà 8 engins indisponibles, ces derniers étant tout simplement... Embourbés !

On note alors que les allemands sont toujours fermement positionnés sur le plateau de Craonne, et ce malgré les "certitudes" de l'Etat-Major qui pensait que l'artillerie les avaient pulvérisés.

Pourtant l'offensive est maintenue...

Dès le départ de l'assaut à 7h00 en direction des premières lignes un engin de l'AS 5 est touché et 4 tombent en panne, les autres mettent un temps fou pour progresser dans un décor apocalyptique.

Il faudra presque une heure aux fantassins pour aménager un passage dans la première ligne allemande.





Le résultat n'était pas du tout celui espéré initialement.
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Il est maintenant 11h00, le commandant Bossut est en première ligne avec un char de l'AS 2, un obus frappe ce dernier qui éclate, tout l'équipage est tué et le corps de l'officier, touché en plein coeur par un éclat d'obus, est éjecté par les portes arrières.

Privés de leur chef tous les équipages continuent vaillamment.


Dernière photo connue du commandant Bossut (à droite).
Beaucoup ont dit que le char "trompe la mort" était le sien, en fait le commandant du groupement n'avait pas d'engin vraiment attitré.
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"Je vois le capitaine Pardon, ou plutôt je le reconnais à ses bottes quand il courait dans les flammes..."



A 12h05, 7 chars de l'AS 2 (7 autres sont déjà en panne !) sont pris à partie par une pièce de 77mm qui parvient à détruire 3 des leurs.
Les 4 survivants attendent en vain une infanterie décimée par les tirs ennemis quand ils sont rejoints on ne sait comment par 9 engins de l'AS 6 dirigés par le capitaine Pardon.

Son char, surnommé "Fée Kaputt" s'immobilise.
Il est immédiatement touché par un obus et s'enflamme, un lieutenant dans un char voisin est témoin de la scène :

-"Je vois le capitaine Pardon, ou plutôt je le reconnais à ses bottes quand il courait dans les flammes, on ne voyait que ça !"


Le char du Capitaine Pardon, nul n'en sortira vivant...

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Les 13 chars survivants décident de continuer vers la troisième ligne allemande, mais à quoi bon si l'infanterie ne suit pas... 

A 15 heures des unités du 151ème RI progressent pourtant vers la seconde ligne vaille que vaille, les chars reculent alors et organisent une attaque en direction d'une butte où sont retranchés des unités allemandes.
L'assaut est un succès (au prix de la perte d'un char de l'AS 6) et les fantassins sont désormais à l'abri dans la tranchée conquise.

Le repli s'organise alors pour les 5 survivants de l'AS 2 et les 7 de l'AS 6.



Un des chars survivants de l'AS 2.
On remarquera les impacts sur les flancs !
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Pour l'AS 5 les choses sont un peu plus simples.
15 chars partent à l'assaut de la troisième ligne à 12h00, 6 tombent en carafe en franchissant les obstacles du terrain.

Un engin disparaît dans un nuage de fumée noire, 2 hommes seulement en sortent en courant... Puis un autre blindé sursaute... 


A l'intérieur d'un Schneider la place est des plus comptée !
Difficile d'évacuer en cas de coup dur...
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"Je gronde contre ces marchands de ferraille qui nous ont entassés là-dedans, derrière ces faux blindages traversés par les balles !"



Dans un Schneider (surnommé "Captain Cap" ) le lieutenant Chenu est témoin de la mort de ses amis.

Tout à coup son char est pris à parti par une mitrailleuse, les impacts grêlent sur les tôles.
Des projectiles volent à l'intérieur, rebondissant sur les parois (il s'agit de balles qui ont eu "la chance" de passer par les fentes de vision).
2 hommes sont en sang, le lieutenant passe la main sur son propre visage : Elle est rouge !

Il racontera :

-"Je gronde contre ces marchands de ferraille qui nous ont entassés là-dedans, derrière ces faux blindages traversés par les balles ennemies !"

Il saute à l'extérieur, le char est littéralement criblé !

A côté un de ses semblables devient brasier, 2 torches humaines s'en échappent, qui courent et hurlent... Plus rien à faire pour ces pauvres gars !
Il faut repartir, être de nouveau mobile, moins vulnérable. 



Trop lents, englués sur un terrain bouleversé les Schneider seront des cibles faciles.
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Ils ne rencontreront plus de problèmes majeurs dans leur progression, sauf que le Colonel commandant le 162ème régiment d'infanterie hésite puis refuse d'engager ses hommes à la suite des chars. 

Restés seuls, les blindés de l'AS 5 parviennent à anéantir une contre-attaque allemande et ne peuvent rien faire d'autre que se replier vers leurs lignes à 17h45.



Mitrailleur en action dans un Schneider.
Les armes (des Hotchkiss 8mm) pouvaient être démontées et servies depuis le sol.
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L'AS 9 est sans doute la plus touchée, ses 11 chars passent à l'attaque en derniers mais sont bloqués par des engins d'autres sections, ils sont alors pris à parti par des obus de gros calibre parfaitement ajustés.
Un seul char reviendra dans ses lignes, juste à temps pour tomber en panne...



Un équipage de l'AS 9.
Il n'y a pas de fusil Lebel dans la dotation des tankistes, ce dernier étant bien trop encombrant.
Les hommes sont équipés d'une arme de poing et d'un poignard de tranchée.
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L'AS 4 est commandé par un capitaine qui s'aperçoit vite que le terrain est totalement impraticable devant lui et qui ne souhaite pas "en rajouter une couche" dans l'embouteillage qui se forme.

Il trouve un passage en longeant les positions allemandes, parvient à franchir la seconde position à 15h00 et se lance en direction de la troisième.
Ses chars bousculent les fantassins Bavarois qui se replient en désordre.

L'artillerie du Kaiser parvient à détruire 3 chars mais les poilus du 94ème RI suivent toujours. 
Pourtant les canons allemands se déchaînent et d'autres engins sont touchés.

Le risque de manquer de carburant impose alors un repli pour tout le monde en fin de journée.


Après l'attaque, des survivants du groupement Bossut : AS 2, 4, 5, 6 et 9.
Plus grand'monde...
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Du côté du commandant Chaudès les choses ne seront pas meilleures ! 

L'AS 3 se plante littéralement devant la première ligne allemande dès 7h15, le premier engin étant incapable de franchir les obstacles !

Les chars qui suivent tentent de bifurquer lorsqu'ils tombent "nez à nez" sur ceux de l'AS 7 en train de progresser de leur côté.

Il se forme alors un embouteillage digne de la place de l'étoile un vendredi à 17h00...

Les allemands voient tout de suite l'aubaine et engagent toute l'artillerie dont ils disposent dans le coin.

4 chars s'enflamment, les autres ne peuvent même plus bouger ! 

Le massacre continuera jusqu'à 21h00, les équipages français ayant tout de même eu la présence d'esprit d'évacuer leurs cercueils d'acier avec leurs mitrailleuses démontées, ils continueront donc à se battre comme des fantassins.




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Un seul char de l'AS 3 parvient à quitter la zone mais il se plante un peu plus loin dans un marécage...

L'AS 7 n'insiste pas devant une situation aussi catastrophique et choisi le repli immédiat !

Pourtant seulement 4 chars survivront à l'assaut, les 11 autres ne reviendront pas, entre ceux englués dans l'embouteillage et les engins pris à parti par les canons les chances de survie étaient des plus minces. 

L'AS 8, réduite dès le départ à 8 chars (voir au début), parvient à moins de 500m de la première ligne Teutonne dès 7h45, mais devant "l'empilement" des chars des AS 3 et 7 le capitaine décide de bifurquer plus sur la droite, vers un endroit non reconnu pour l'assaut.
Certains équipages partent en reconnaissance chercher un passage mais n'en trouvent pas sans plusieurs heures d'efforts nécessaires pour le rendre praticable à minima.

Le chef de l'AS 8 décide alors de retraiter vers leur ligne de départ, mais 3 chars sont détruits par des tirs, 2 tombent en panne et seuls 3 parviendront à destination.


Bref, on ne peut pas dire que ce premier engagement soit couronné de succès, loin de là !



Sur 128 chars au départ, 57 vont être détruits, occasionnant la mort de 34 hommes.

37 autres seront portés disparus et 109 plus ou moins grièvement blessés.




Equipage du char "Mounette" de l'AS 2.
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Beaucoup de conclusions devront en être tirées...

On note déjà de nombreux problèmes à résoudre :

-Des chars au blindage fragile et au réservoir d'essence intérieur qui s'enflamme bien trop facilement.
-Des capacités de franchissement nettement insuffisantes pour les Schneider et une fiabilité mécanique pour le moins douteuse.
-Des engins partis à l'assaut groupés, cause de trop d'encombrements sur le champ de bataille...
-Une préparation d'artillerie insuffisante pour réduire au silence les défenseurs allemands mais bien assez pour rendre le terrain impraticable !
-Une artillerie ennemie très présente et surtout efficace.

Mais c'est précisément cette dernière, qui bénéficiait de la confiance absolue du Kaiser et de ses généraux, qui causera leur perte.

Très (et même trop d'un point de vue français...) efficace, les allemands ne verront pas l'utilité du char d'assaut et dédaigneront cette nouvelle arme.

L'histoire leur donnera tort...


Les alliés continueront dans la voie des blindés avec le Renault FT17, un engin biplace plus mobile, infiniment plus à l'aise en tout-terrain et surtout doté d'une tourelle à rotation sur 360° qui changera pas mal de choses au combat.



Les tankistes tués ce jour-là ne seront pas oubliés.

Le 02 juillet 1922 est inauguré un monument dédié à leur mémoire, situé exactement sur la position de départ des chars en ce funeste jour de 1917...




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On profitera de la majesté et de la solennité de l'endroit pour en faire un lieu de recueillement à la mémoire de tous les équipages des chars français tués lors de ce premier conflit mondial.

Seront présents pour l'inauguration les Généraux Mangin, Weygand et Estienne ainsi que les Maréchaux Foch et Pétain.

L'accès est gratuit et ouvert à tous : http://www.evasion-aisne.com/fr/Que-faire-Que-voir/Visites/Monument-des-chars-d-assaut-BERRY-AU-BAC

 Merci Jensen.


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